Groenland

ou le prix du silence

Fin août 2017, j’enfile boots et combinaison waterproof, direction le Groenland, la deuxième plus grande île au monde, que les premiers explorateurs Vikings, autour de l’an 1000, subjugués par ses étendues de forêts, baptisèrent un peu hâtivement, « terre verte » ou « Greenland » ! Mais ce ne fut que chimère pendant une période relative de recul des glaces… Quelques siècles plus tard, les chasseurs nomades Inuits ont appris à résister à l’extrême rudesse du climat en créant un mode de vie adapté au froid arctique.

Aujourd’hui le Groenland, pas totalement désolidarisé de son tuteur danois, couvre un certain mystère et interroge… Le réchauffement climatique inquiète, de nombreuses études se contredisent et on prédit un effondrement de sa calotte glaciaire d’ici 2 500 ans !?

Alors je ne sais quelle vérité je vais trouver, un saut dans l’inconnu qui a pourtant le vent en poupe, là-dessus je ne suis pas complètement dupe… Ma pépite elle, est l’exception qui esquive les effets de mode, celle qui, aux premières lueurs de l’été, célèbre en silence, les plus belles migrations inuites.

C’est à Kiattua que l’on m’attend, cette baie que l’on surnomme « The warm place » !

L’avion se pose péniblement à Nuuk, la capitale nordique, après avoir fait demi-tour à mi chemin vers l’escale précédente Kangerlussuaq ! Le commandant de bord annonce cette nécessité aux vues des intempéries délicates à destination, et précise aux passagers interloqués dont je fais partie, « C’est aussi ça le Groenland » !

La dimension météorologique prend alors tout son sens. Mon séjour est court, je ne dispose que de 3 jours pour découvrir ce bout du monde et visiblement ce n’est pas gagné ! L’épisode aérien se conclura par une arrivée tardive à Nuuk, face à une mer démontée qu’on ne sait même pas comment affronter.

Je fais alors connaissance de Jon, l’un des propriétaires danois du campement Kiattua, premier maître de ma cérémonie arctique ! Imperturbable face à la météo cataclysmique, il prend les choses en main et détecte la seule baie de la capitale encore accessible en bateau. Impossible d’accoster, nous rejoindrons Michael, notre capitaine aguerri, à bord d’un zodiac plein à craquer de nos bagages et victuailles !

La traversée du Fjord sous un brouillard de plomb s’annonce épique ! Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, en tout cas je ne peux plus faire marche arrière….

Bienvenue au Groenland !

Kiattua est planté sur le bras d’un vieux fjord, à une centaine de kilomètres à l’Est de Nuuk. Nous apercevrons le campement au loin deux heures plus tard, tel un mirage sortant de terre. Il pleut des cordes, les tipis couleur sable pointent leur silhouette imparfaite le long de la côte escarpée. Il règne ici un calme singulier, presque hostile, digne d’un film de Lars Van Trier.

En toile de fond, une cascade à haut débit fait face à une plage apaisée, cerclée de montagnes aux flancs arrondis. On surprend çà et là quelques vestiges Vikings, seules traces de vie au milieu du pâturage herbeux.

L’éclat de rire spontané d’Anika, l’épouse de Jon, à notre arrivée, vient rompre l’anxiété légitime et transforme instantanément l’atmosphère glaciale en une conviviale sérénité. Elle sait que la route a été longue et que les caprices de sa terre natale sont cinglants. Elle ouvre alors le zip de mon tipi et je discerne sous la toile humide, un intérieur douillet ouvré de rondeurs féminines qui fait redescendre d’une traite la pression. Peaux de bête en guise de dessus de lit, guirlandes de lumières, tapis, lanternes et même un bouquet de fleurs. Anika s’applique à me présenter tous les éléments de confort « éco-responsables », inespérés aussi loin de tout : poêle à bois et petites bûchettes prédécoupées, électricité via à un groupe électrogène, matelas chauffant, double couette, peignoir, snacks en cas de petite faim…

Je remarque à ce moment là la finesse de ses traits, ceux d’une beauté peu commune, mi asiatique, mi esquimau…Elle me conduit ensuite vers le tipi salle de bain tout aussi bluffant, conçu dans un esprit scandinave : lattes de bois blond au sol, douche avec eau chaude, crème pour le corps, cotons, miroir et même un WC organique qui ne peut que rassurer mon âme sédentaire. La première douche chaude avant le dîner sera à mes yeux, plus salutaire que tout rituel chamanique issu de la mythologie inuite !

Il est 21 heures à Kiattua. Le ciel rosacé abrite le tipi restaurant. La table est mise avec délicatesse. Chacun se réchauffe autour du feu de bois pendant que Rune, notre Chef, affine sous nos yeux la préparation de l’entrée, un toast de crevettes lovées sur un lit d’avocat.

La suite sera une première pour moi, bœuf musqué accompagné de champignons indigènes et vin Premium. Rune, discret mais précis dans ses gestes, est le seul Chef originaire de Nuuk, à revisiter les recettes d’antan, du phoque bouilli au steak de baleine en sashimis. L’instant est quelque peu surréaliste mais nous le savourons pendant que Jon et Anika, d’humeur joviale, vérifient les prévisions météo des jours suivants. Par miracle, quelques éclaircies sont prévues, l’occasion d’explorer la beauté cachée du fjord.

Le sommeil ne s’est pas fait attendre. Je suis debout depuis près de 24 heures, ai vaillamment vaincu vents et tempêtes, les paupières sont lourdes, les effluves de feu de bois infiltrent chacune de mes rêveries, blottie dans les bras de Morphée !


L’orage a tonné toute la nuit et la tente n’a pas vacillé un instant. 5 heures tapantes, je me lève, l’air est frais mais supportable, un iceberg bleuté s’est détaché d’un glacier lointain et est venu battre retraite dans la baie de Kiattua.

Je balaye le panorama à 360 degrés et suis le relief vallonné des montagnes sauvages dessinant un fjord magistral.

Les tipis de mes compagnons fument encore, la cascade gronde et si la raison me perdait, je crois que je ne serais pas étonnée de voir surgir au loin la longue chevelure ondulée d’un Viking armé jusqu’aux dents ! L’imaginaire part facilement en vrille tellement les énergies ici sont puissantes.

Après un petit déjeuner pantagruélique, nous embarquons pour Kapisillit, à 40 mn de là, un village de pêcheurs où résident encore une soixantaine d’habitants, quelques bicoques de bois multicolores, une épicerie bien achalandée et une école avec seulement 5 jeunes enfants. A l’adolescence ils quitteront définitivement le village pour des études secondaires à Nuuk avant de rejoindre Copenhague et ses opportunités d’un autre temps.

Nous prenons le thé dans une famille inuite qui nous raconte comment se compose la vie dans l’arctique, entre chasse et pêche. Plus tard après un trek de 3 heures, ce sera la rencontre émouvante avec la glace, la baignade en combinaison et l’escapade inédite en kayak autour d’icebergs blanc immaculé et bleu turquoise.

Le soir, nos jambes engourdies se prélassent dans le jacuzzi que Jon et Anika ont installé en amont du sauna face à l’immense cascade. La sensation est inouïe, le froid à peine perceptible, l’esprit est libre. L’humour n’est pas en reste non plus dans l’extrême nord et l’amitié du groupe se resserre à coup d’Himbrimi, le Gin local. Anika et Jon nous dévoilent quelques légendes dont celle d’un Inuit et d’un Viking, amoureux de la même femme et dont la montagne témoin de cette rivalité, veille non loin. Nous rêvassons, nous rions beaucoup aussi….

Le départ est prévu le lendemain, la météo est toutefois incertaine ! Il se peut que nous soyons coincés plusieurs jours sous nos tipis, otages potentiels d’une nature aussi revêche qu’attachante. Nous l’espérons presque…

La déesse de la mer sans doigts ouvrira pourtant la voie vers Nuuk l’espace de 2 heures, le temps d’achever notre parenthèse dans l’arctique et de retourner en douceur à la civilisation.

Sophie Arbib



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