Asie

Benesse House Naoshima

Si la culture au Japon traverse les siècles sans prendre une ride, les japonais aiment également partager depuis plus de 30 ans, leur goût pour l’avant-garde, à travers des réalisations aussi étranges qu’audacieuses. L’île de Naoshima, au nord de Shikoku, perdue au milieu de la mer intérieure de Seto, a participé à la fin des années 1980 à cette émancipation inédite en façonnant en son sein, une plateforme insulaire d’Art Contemporain.

L’hôtel-musée Benesse House fait partie intégrante de ce projet. Largement médiatisé par la citrouille géante de l’artiste Yayoi Kusama, érigée en bout de jetée sur la plage, il est le pari fou du milliardaire Soichiro Fukutake et du génie de l’architecture nipponne, Tadao Ando. Ensemble ils réinventent un paradis de contemplation où se confondent hôtellerie de luxe, nature et œuvres de maître. Ici Monet, Lee Ufan, Giacometti, César, James Turrell, Niki de Saint Phalle… veillent sur les lieux en gardiens tranquilles de l’harmonie. Quatre sections à l’identité distincte composent les différents bâtiments de l’hôtel :  Park, Museum, Beach et Oval.

La partie Park est la plus commune avec ses services classiques, ses boutiques, ses galeries et son restaurant. L’espace Museum invite à partager ses nuits avec les œuvres du musée mais aussi au sein de sa chambre grâce aux dessins originaux, peintures et gravures de la collection apposés aux murs. Les Beach Suites à l’esthétique épurée sont les plus exotiques avec leurs baies vitrées donnant sur la plage. Quant à l’Oval, le plus exclusif, creusé sur le promontoire d’une colline accessible en funiculaire, il offre l’un des exemples les plus personnels du talent de Tadao Ando : des suites agencées entre 2 ovales en vis en à vis, un plan d’eau infini au-dessus d’une charpente arborée à ciel ouvert.

Entre les visites au Chichu Art Museum ou au Lee Ufan Museum, un spa vêtu de bois blond a même été conçu pour prolonger la singularité des lieux. La gastronomie quant à elle, s’articule autour de 2 restaurants qui font face à la mer intérieure : Issen et sa version moderne du Kaiseki et L’Etoile de la Mer, une cuisine française utilisant principalement les produits de la région de Setouchi.

Pour redonner de la jeunesse à l’île de Naoshima, Soichiro Fukutake pousse le projet encore plus loin en transformant des maisons traditionnelles du XIXe siècle en installations d’art contemporain qui se visitent. L’une d’entre elles revêt un escalier de verre conçu par l’artiste Hiroshi Sugimoto plongeant dans un sous-sol mystique. Les bains publics traditionnels ont également été revus et corrigés version « Pop Art » par le plasticien Shinro Ohtake et peuvent faire l’objet d’une expérience hors du commun. Pionnière, Naoshima a inspiré les iles voisines dont Inujima. Son musée singulier, conçu dans l’enceinte d’une ancienne raffinerie, est dédié à l’écrivain Yukio Mishima et met en scène les éléments de sa maison tokyoïte avec un parti pris écologique fort. Il est tout aussi étonnant de parcourir à pied cette île de pêcheurs, dont les habitants, pour la plupart retraités, ont accepté de partager leur terre avec des installations artistiques improbables, plus troublantes les unes que les autres.

C’est sur l’île de Teshima à proximité, au bord d’une plage sauvage, que Christian Boltanski a déposé la compilation des battements de ses cœurs du monde, intime musique de l’humanité. Enfin le musée de Teshima, fondé par l’architecte Ryuei Nishizawa et le sculpteur Rei Naito, face aux rizières en terrasses, est la création la plus déconcertante. A l’intérieur d’une capsule géante de forme elliptique, coulée dans le béton et sans aucun pilier de support, de petites gouttes d’eau dégoulinent lentement sur le sol au gré des vents et dans un silence olympien. A couper le souffle !

Au fil du temps, des maisons s’ajoutent et se transforment sur ces îles lointaines de la mer de Seto, en n’oubliant pas que l’art le plus durable est celui de l’éphémère…