Afrique

L’Egypte entre pierre et eau

Du Caire à Assouan, le Nil déroule le voyage d’une vie. Entre ses rives douces, aux paysages jalonnés des plus beaux sites antiques du monde, navigation au fil de cinq siècles d’Histoire.


Le Caire, nid de culture

Porte d’entrée et capitale de l’Egypte, Le Caire mérite de s’y attarder. Les valises à peine déposées, on s’élance vers les légendaires pyramides. C’est le cœur battant qu’on se rapproche des imposants sanctuaires, visibles de très loin au-dessus des faubourgs de la ville moderne. Les voici enfin, telles qu’à l’époque des pharaons. Après avoir médité la fameuse maxime de Napoléon – « Songez qu’ici quarante siècles vous contemplent… » – chacun explore les dédales souterrains de Kheops et de Kephren, récemment restaurés. De retour en ville, c’est au fabuleux musée du Caire que se tourne la prochaine page ! Dans ce Louvre saharien, le visiteur part à la recherche du trésor de Toutankhamon, et découvre des milliers d’autres trésors insoupçonnés comme ces troublantes statues peintes dont les yeux de cristal vous scrutent depuis le fond des âges.

La visite mène ensuite au quartier copte, le plus ancien de la ville, où d’innombrables églises serties d’icônes rappellent que l’Egypte fut catholique avant d’adopter l’Islam. Les ruelles moyenâgeuses, fraîches et paisibles, se prêtent à la flânerie, avant le retour au Four Seasons Nile Plaza, havre de sérénité surplombant les rives du Nil.


Louxor, embarquement vers le sud

Du Caire, une heure de vol suffit pour rejoindre Louxor et son embarcadère. C’est au fil de l’eau que se poursuit l’exploration, à bord d’un des quatre bateaux de la collection Sanctuary Retreats. Ces élégants navires de croisière mettent la culture et l’art de vivre au premier plan. Des guides égyptologues chevronnés nourrissent d’anecdotes érudites la navigation. Aux conférences s’ajoutent les cours de cuisine égyptienne de haute volée menés par le Chef. Chaque vaisseau a son caractère : style art déco et fraicheur contemporaine pour le Sanctuary Sun Boat IV, le plus grand de la flotte avec 40 cabines, où les familles apprécient l’imaginaire déployé pour distraire les enfants.

Quant au Nile Adventurer, il déploie dans ses 32 cabines un faste égyptien digne de l’ère des pharaons. Changement de ton à bord du Sanctuary Sun Boat III, dans les 18 suites romantiques où une épure design décline toutes les nuances de blanc inspirées par le désert. La flotte compte aussi un dahabieh, barge traditionnelle égyptienne restaurée et restituant le luxe feutré de l’époque coloniale. Les six cabines se privatisent pour savourer entre soi une remontée du fleuve à l’ancienne, en improvisant ici la visite d’un village hors des sentiers battus, là un pique-nique sur un banc de sable.


Vers Assouan au fil de l’eau

Quittant l’embarcadère animé de Louxor, le bateau accoste bientôt près de la Vallée des Rois. Une petite marche conduit à la montagne blanche creusée de soixante-trois tombeaux, où reposent les souverains du Nouvel Empire. Rien de plus spectaculaire que le contraste entre l’univers minéral écrasé de soleil et la fraîcheur des sanctuaires souterrains, aux splendides fresques colorées. Ces dynasties légendaires et leurs destins mystérieux guident ensuite les pas entre les immenses colonnes de Karnak. On voudrait déambuler sans fin dans le célèbre hypostyle, forêt de colonnes ocrées immenses où jouent l’ombre et la lumière. De retour sur le bateau, la vision des paysages où défilent des scènes de la vie quotidienne émerveille à chaque instant.

Les rives tapissées de joncs lâchent de temps à autre un pêcheur qui lance son filet, ou des gamins courant le long des sentiers : leur village est derrière, niché sous les manguiers. Au soleil couchant, on amarre pour la nuit, dans cette vision d’une Egypte immémoriale qui berce la pensée. Le lendemain, la navigation continue de remonter le courant du plus grand fleuve du monde (avec l’Amazone). On rêve à Edfu, deuxième joyau après Karnak, devant le temple dédié à Horus dont les inscriptions étaient encore enfouies dans les sables il y a vingt ans. Une nuit encore, et voici qu’apparaissent les ruines romantiques de Kom Ombo, en partie englouties par les eaux. Puis, après un périple de trois ou quatre jours, c’est l’arrivée à Philae et le temple d’Isis, reconstruit pierre par pierre sur l’île voisine d’Aguilkia. A l’heure de quitter le bateau, riches d’émotions, rien ne paraît plus vrai que ce vers d’Andrée Chedid : « Le Nil à mes yeux contient tous les fleuves, c’est lui qui coule dans mes veines ».


Le Old Cataract et Abu Simbel

Capitale de l’ancien royaume de Nubie, Assouan conserve le charme magique du passé. C’est depuis la terrasse de l’hôtel Old Cataract, les yeux sur la vue qui enchanta Agatha Christie, Winston Churchill et François Mitterand, que le petit miracle opère : l’île Eléphantine, tel un décor de chromo, mire dans les eaux du Nil ses temples de pisé ombragés de palmiers, tandis que les ibis et les voiles des felouques passent. Séjourner dans le palais victorien de l’hôtel, sous les arcades mauresques restaurées par Sybille de Margerie, ou dans l’aile Nil contemporaine, rend la découverte de Assouan réellement légendaire. A pied, la ville s’apprivoise en douceur. Une visite au musée de la Nubie et ses vestiges d’une civilisation engloutie par le barrage d’Assouan prélude à la découverte d’Abu Simbel. Surplombant le lac Nasser, les statues colossales de Ramsès II et Néfertari vous contemplent pour l’éternité.