Amérique du Sud

Retour du Brésil par Sabine Arbib

De tous les pays d’Amérique du Sud que j’ai traversés, le Brésil est longtemps resté dans ma « to do list » pour des raisons diverses : immensité du territoire, réseau aérien complexe, qualité hôtelière irrégulière, insécurité ambiante… des arguments pas totalement infondés mais qui aujourd’hui ne se justifiaient plus. J’ai donc enfin foulé le sol brésilien de Sao Paulo à Porto Seguro, me réservant le nord du pays pour un autre voyage.

Sao Paulo

Hotel Fasano Sao Paulo

Imprégnée de mes escapades passées au Chili et en Argentine, où la nature prenait généreusement ses aises, je suis immédiatement saisie par l’aspect beaucoup plus urbain de la destination, avec des métropoles hétérogènes, en bord de mer ou non, où chaque centimètre bouillonne, vibre… J’ai du mal à poser mon regard, à ancrer mes émotions dans un quartier ou un autre, tellement ici tout s’entrecroise, tout se chevauche, tout cohabite : hôtels de luxe, échoppes de pacotilles, longues plages de ville, footballers en bras de chemise, traders affairés, familles en promenade…Je suis d’abord happée par Sao Paulo à bord d’une belle Mercedes noire, la métropole dynamique, aux défis économiques multiples et à l’atmosphère endiablée, avec ses cathédrales gothiques enserrées de gratte-ciels biscornus, ses restaurants gastronomiques, sa vie nocturne, ses boutiques de luxe, ses musées éclectiques, sa population issue des quatre coins du monde.

Un melting-pot un peu étourdissant pour une mise en bouche, mais dès l’arrivée à l’hôtel Fasano, tout s’apaise, blottie dans l’un des gros canapés en cuir du lobby, je me laisse porter par la douceur des déclinaisons caramel qui recouvrent les sols et plafonds.

Rues de Sao Paulo et l’Instituto Moreira Salles

La bâtisse en briques anglaises rouge est l’adresse branchée du quartier de Jardim Paulista où l’on croise toute la jetset locale, du bar de jazz Baretto au restaurant italien Fasano. Ma suite très confortable, renvoie à un design chic sans ostentation, où le cuir se conjugue avec un mobilier sobre et cossu. Après la promenade dominicale le long de l’Avenida Paulista, l’artère principale de Sao Paulo, bordée par le parc Trianon et sa forêt primaire où les familles aiment se prélasser le week-end, je découvre à l’Instituto Moreira Salles, la rétrospective du photographe américain Irving Penn, plus de 230 œuvres, des portraits d’artistes et intellectuels, parmi lesquels Audrey Hepburn, Pablo Picasso, Dali ou Colette aux photographies qui ont marqué l’histoire du magazine Vogue.

C’est dans l’ancien quartier bohême Vila Madalena que je poursuis ma visite culturelle ; il accueille tous les évènements festifs de la ville de la Coupe du monde de football au Carnaval. Outre ses nombreuses galeries d’art, c’est l’allée Batman qui attire mon attention avec ses murs entièrement couverts de graffitis, régulièrement renouvelés par des étudiants en arts plastiques.

Chambre et rooftop de l’Unique hôtel et rues de Sao Paulo et de Rio


Paraty

Après un passage fort sympathique au Roof top de l’Unique hôtel, cet établissement au design atypique signé Niemeyer, je quitte Sao Paulo en direction de Paraty, petite bourgade de l’extrême sud, témoin de l’architecture coloniale brésilienne.

Paraty

Malgré la météo capricieuse, la route côtière qui mène à Paraty est un enchantement. Rien ne semble avoir bougé depuis des siècles dans cette petite ville portuaire qui transportait autrefois l’or du Minas Gerais vers le Portugal. Les maisons aux influences européennes et africaines, les églises baroques, les couleurs joviales des habitations, la simplicité des rues pavées. Je passerai deux jours dans cette retraite baignée de collines verdoyantes et de petites îles luxuriantes où il est agréable de caboter en bateau de pêche.

Deux adresses pour m’accueillir à Paraty, les deux dans le cœur historique, Pousada Literaria et Casa Turquesa. Propriété des fondateurs de la chaine de télévision brésilienne Globo, Pousada Literaria bénéficie de beaux volumes extérieurs et d’une piscine spacieuse dans le patio central.

Pousada Literaria

La bâtisse coloniale, entièrement rénovée, abrite 23 chambres et suites ainsi que 3 villas indépendantes, que l’architecte Eza Viegas a imaginées dans un style contemporain réhaussé de couleurs vives. La bibliothèque et les grands salons sont autant d’espaces à vivre qui se savourent en couple ou en famille.

La Casa Turquesa elle, apporte ce petit supplément d’âme, cet indicible bien être, que la très chaleureuse Tetê, incarne avec passion dans sa maison bleu turquoise. De ce lieu figé dans le temps, elle en a fait un lieu d’abandon et de lâcher prise où l’on circule en tongs.

Chaque détail est pensé pour que la convivialité soit totale et que chacun imprime son brin d’évasion. La décoration au charme fou se conjugue habilement à la pierre omniprésente. Les 9 suites, chacune portant le nom d’une couleur, s’ouvrent sur d’immenses lits aux moustiquaires immaculées, posés sur un sol en acajou agrémenté de pans de tapis tissés.

La Casa Turquesa

Baskets chaussées, je suis prête à arpenter le centre historique classé au Patrimoine mondial de l’Unesco et ses ruelles pavées. Un entrelacs de façades multicolores qui, sous la pluie, confèrent à Paraty, un visage chimérique de lagune coloniale. Puis c’est en bateau de pêche, que nous voguons d’île en île, à travers les collines verdoyantes et les plages esseulées, le long du Parc National de Bocaïna qui dissimule une faune autochtone abondante : tortues de mer, singes, lézards géants… Enfin à travers la forêt tropicale, se cachent de nombreuses cascades que nous rejoignons en 4X4 avant de découvrir les secrets de fabrication de la Cachaça dans une distillerie locale.


Rio de Janeiro

Le lendemain matin, après un petit déjeuner fait maison comme on les aime, je quitte avec regret La Casa Turquesa, apaisante et intemporelle. Quatre heure trente de route avant d’accéder à la mythique Rio De Janeiro, fièrement érigée entre ses deux totems iconiques, le Pain de sucre et le Corcovado.

Fasano Rio

Je ne sais ce qui m’attend dans la ville de tous les clichés : les joggeurs bodybuildés, les danseurs de Capoeira sur Ipanema, l’adoration du football, les  Havaianas, le Carnaval hors du commun, les écoles de Samba, la pauvreté extrême dans les favelas !? Autant de contrastes, autant d’impatience ! Côté hôtellerie, j’ai l’embarras du choix et je partagerai mon séjour entre le Fasano et l’Emiliano qui disposent respectivement de vues spectaculaires sur les célèbres plages d’Ipanema et de Copacabana. A l’instar du grand frère à Sao Paulo, le Fasano Rio affiche la même élégance contemporaine, signée Philippe Starck. A partir d’un mobilier inspiré des années 50 et 60, il décline un univers chaleureux qui fait la part belle au bois. Le must de l’hôtel, sa piscine imprenable sur le toit et ses panoramas « cartes postales » sur la Morro Dois Irmãos, la « Colline des Deux Frères !

Emiliano Rio

A l’Emiliano Rio, à l’insolite façade amovible, on joue la compétition de la plus belle vue depuis la longiligne piscine que revêt le roof top. Un partout, la balle au centre ! Impossible à départager, tellement on semble ici toucher du bout des doigts, la baie de Copacabana. Style épuré des années 50, bois clairs, sièges multiformes et prédominance de blanc, une adresse qui compte aujourd’hui dans la collection hôtelière des Cariocas. Je ne bouderai pas pour autant le très glamour Copacabana Palace, à la façade Art déco qui impose sa stature depuis les années 20 sur la plage de Copacabana. Les restaurations récentes ont préservé l’âme de la maison, allure chic rétro, grooms en uniforme, majordomes privés et excellence de la table.

Copacabana Palace

Bien installée au Fasano, le Christ du Corcovado me tend les bras du haut de ses 38 mètres. A peine sortie du petit train qui traverse le Parc National de la forêt de Tijuca, je réalise en levant les yeux que je suis déjà à ses pieds !

Malgré la foule oppressante, petite émotion tout de même face au mastodonte de béton et de pierre de savon, né de la complicité de l’ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa et du sculpteur français Paul Landowski.

Puis je quitte le Christ Rédempteur pour rendre visite à Santa Teresa, le quartier bohème sur les hauteurs du centre-ville, empli de vieilles demeures du XIX siècle ou Art Déco, reconverties en ateliers d’artistes.

Le tramway jaune est un moyen amusant de se faufiler entre les ruelles tortueuses à flanc de colline, généralement animées par toute l’expression culturelle locale : galeries, concerts, maisons taguées, petits bars historiques, boutiques tendance, charme désuet, nonchalance hippie. Je déjeune au très agréable restaurant Aprazivel avec vue plongeante sur la baie de Guanabara. On empruntera ensuite l’inévitable escalier Selaron qui relie Santa Teresa au quartier de Largo da Lapa, une véritable œuvre d’art de carrelages hétérogènes et assemblés par l’artiste chilien Jorge Selarón, qui initialement, souhaitait juste enjoliver les marches de son quartier !

Après une ascension en téléphérique du Pain de Sucre, passage obligé quoi qu’on en dise, ma deuxième journée à Rio sera sous le signe de l’art et plus particulièrement autour des galeries du très résidentiel quartier de Gavia. Les artistes Rodrigo Braga ou Miguel Rio Branco y dévoilent leur actualité autour d’expositions éphémères. Coup de cœur en fin de journée pour le Parque Lage, superbe demeure néoclassique qui abrite aujourd’hui l’école des arts visuels et un charmant café autour d’un étang de nénuphars où je clôture mon tour d’horizon de Rio.

Christ Rédempteur, Santa Teresa, escalier Selaron et le Parque Lage

Minas Gerais

Le lendemain je fais la pause urbaine dans le sud du Minas Gerais à 4 heures 30 environ de Rio, au cœur de la réserve naturelle d’Ibitipoca. Cette ancienne Fazenda du XVIIIème siècle s’étend dans un environnement poétique, où les toucans et les perroquets vivent en totale liberté. L’un d’eux m’indique la porte d’entrée de la vieille ferme rustique où je resterai 3 jours. Calme olympien, presque déstabilisant après l’effervescence des villes !

Les 8 suites face au lac et les 3 dépendances, aux accents de campagne, garantissent une totale intimité à leurs hôtes. Le mobilier massif, les fauteuils aux formes généreuses et les planchers d’époque, ne trahissent pas la simplicité de l’endroit où l’on prend vite ses marques.

Réserve naturelle d’Ibitipoca

En lézardant dans la propriété de plus de 3 000 hectares, il n’est pas rare de croiser cascades, cactus et orchidées sauvages tellement la biodiversité est cruciale dans la région. Mais ce qui est plus surprenant est l’apparition quasi-surréaliste d’énormes statues en acier, dont celle d’une femme à la chevelure renversante conçue par l’artiste Karen Cusolito.

Un choc émotionnel inattendu au milieu de nulle part. Le soir venu, après quelques pages de lecture glissée dans mon hamac et un massage bien apprécié, je savoure à la bougie, quelques spécialités issues des produits du terroir.

Tiradentes

Ma traversée du Minas Gerais se poursuit avec l’aspect historique de cet état autour des villes coloniales de Tiradentes puis d’Ouro Preto, au charme irrésistible.

Je découvre là, tout l’archétype des anciennes cités de l’or et les nombreux vestiges laissés comme autant de trésors, à l’histoire du Brésil.

Anciens tunnels d’extraction de l’or

Le temps s’est arrêté au XVIII iéme siècle au temps où l’architecture portugaise explosait de réalisations : maisons basses aux couleurs flamboyantes, balcons en fer forgé, rues pavées parsemées de fontaines, églises baroques, avec en toile de fond de très belles collines verdoyantes, point de départ de nombreuses randonnées.

Ouro Preto

A Ouro Preto, le décor est quasi semblable avec cette particularité d’être perché et encore plus photogénique. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la cité de l’or noir est l’un des plus beaux joyaux de l’esthétique baroque, grâce notamment au talent du sculpteur Aleijadinho dont les fresques sont restées intactes.

Palais du gouverneur, ancien centre pénitencier, églises remarquables, musées… des œuvres architecturales inestimables qui se méritent en gravissant le relief très accidenté du village.

Moment insolite, nous traversons à pied et à moitié courbés, certains tunnels creusés à l’époque par les esclaves avant l’extraction de l’or.

Après une nuit sommaire au Solar Del Rosario, loin de nos standards habituels, je me réjouis de la journée qui s’annonce à l’institut Inhotim, ce musée d’art contemporain à ciel ouvert sur 1000 hectares de jardin botanique et de lacs artificiels. 23 œuvres monumentales, signées des plus grands artistes de notre époque comme Olafur Eliasson, Anish Kapoor ou Yayoi Kusuma se déploient telles des chimères venues d’une autre planète, dans un paysage sculpté planté de forêts indigènes, de cactus et de nénuphars géants. Ce rêve surdimensionné est la réalisation d’un industriel brésilien fortuné, Bernardo Paz, dont la passion pour l’art est sans limite. Il a ajouté depuis des bâtiments pour accueillir sa collection privée qui ne cesse de s’étoffer. Une belle respiration arty donc j’ai savouré chaque installation.

L’Institut Inhotim


Porto Seguro

Depuis Belo Horizonte, je m’envole enfin pour Porto Seguro dans l’état de Bahia, dernière escale de mon voyage.

A l’arrivée, route vers Trancoso, le spot tendance des bobos et de la Jet set internationale, où l’on aime robinsonner entre les plages de sable blanc et la simplicité d’un authentique village bahianais. Première halte à la Pousada Tutabel, dont les villas spacieuses au cœur de jardins luxuriants à proximité du bord de mer, octroient un brin de tranquillité à l’écart du Quadrado, le centre historique de Trancoso mais surtout le cœur névralgique où tout se passe, où tout se fête… Pourtant le premier à avoir senti la tendance hippie chic s’installer dans cette région, est le directeur artistique de la marque Diesel. Il crée alors Uxua, une magnifique pousada disséminée autour du Quadrado.
Les Casas d’Uxua, de 1 à 3 chambres, sont conçues dans une simplicité artisanale très agréable, où les extérieurs cohabitent avec les espaces privés, où la nature pousse librement, où la douceur des tons apaise. A Uxua, on se sent instantanément en vacances, tongs aux pieds et chapeau de paille ! C’est là que je pose mes valises pour la dernière fois. On flâne autour du Quadrado d’échoppes en petits bars colorés mais rien ne s’éveille vraiment avant la fin d’après midi. Le beach Club à 15 minutes du centre via un chemin de terre, très bien aménagé pour quelques heures de farniente, est aussi le lieu de fêtes décontractées arrosées de Caïpirinha, les soirs de pleine lune. Hasard du calendrier ou bel épilogue, la lune est parfaite ce soir.

Sabine Arbib


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