Moyen Orient

La Jordanie, la nature ancrée dans l’histoire

C’est l’Arabie Heureuse de rêve, portée par des légendes grecques, romaines et byzantines qui s’offre dans ce royaume paisible. Ruines fabuleuses, paysages minéraux à couper le souffle et hospitalité inoubliable y marquent à jamais le voyageur.  

Amman : Au cœur du royaume Hachémite

Le voyage commence à Amman, la capitale. Ses sept collines historiques ondoient dans le soleil couchant, entre le désert et la fertile vallée du Jourdain. La découverte de cette ville fascinante, au passé très ancien et complexe, mérite au moins une journée. Une multitude de vestiges romains, byzantins et omeyyades atteste de son prestigieux héritage. Chaussé de bonnes baskets, on entre au théâtre romain, cousin oriental du Colysée, où les 6000 places accueillent toujours de fabuleux spectacles. Puis on grimpe sur la colline de la Citadelle, emblème de la ville avec ses vastes étendues de ruines mélancoliques où se dressent encore d’antiques dômes byzantins et portiques romains. La vue à 360° sur les maisons blanchies à la chaux invite à méditer sur le destin de ce pays multiculturel et si accueillant. Il reste à redescendre dans la vieille ville pour déguster un falafel arrosé d’un chaï, avant d’explorer les différents marchés, à la rencontre des habitants. On ne manque pas Farmers Market qui rassemble les artisans et les meilleurs producteurs de la région, le marché aux fruits et légumes frais de Souk el-Khodra où l’on flâne tout en écoutant les chants des commerçants, ou encore Souk el-Bukharia, une mercerie à ciel ouvert où foisonnent d’innombrables dentelles et tissus incrustés de verroteries multicolores.

De l’Antiquité Romaine à Jerash aux Croisades

Au petit matin, on prend la route pour Jerash. Surnommée la Pompéi de Moyen-Orient, c’est le joyau le plus préservé de Decapolis, qui rassemble les dix cités romaines de la région. L’admirable état de préservation de l’ensemble frappe d’emblée. Classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, cette immense cité gréco-romaine a été magnifiquement restaurée. Parcourant ses larges allées pavées deux fois millénaires, on admire les alignements de colonnades sculptées, les églises silencieuses, avant de se poser dans les temples de Zeus et d’Artémis et leurs vastes théâtres respectifs. La paix est totale. On quitte les lieux comme à regret, pour faire un saut dans un autre temps.

Au château d’Ajloun, l’Histoire ouvre ses pages au XIIe siècle, quand la Jordanie combattait les Croisades en Terre Sainte. Stratégiquement situé sur une colline au carrefour entre Jérusalem et La Mecque, ses murailles surplombent toute la région depuis une colline d’où le panorama est à couper le souffle. Pour les enfants, c’est un bonheur d’explorer sans fin, les corridors voûtés qui sillonnent la forteresse comme un labyrinthe. Une plongée dans l’époque des châteaux-forts arabes.

De Madaba à Pétra, l’Arabie Heureuse

Sur la route des Rois, une halte s’impose dans la charmante petite ville de Madaba. Celle-ci abrite un trésor : la plus ancienne cartographie du monde, réalisée en mosaïques sur le sol de l’église Saint-Georges. On prend ensuite de la hauteur en grimpant dans le clocher de l’église Saint Jean-Baptiste, d’où la vue sur les maisons de pierres blondes et la coupole de la Mosquée Dorée est enchanteresse. Dans les ruelles, prendre son temps avec les habitants qui échangent volontiers avec les visiteurs, avant de se poser à une terrasse pour boire un thé bien corsé.  La route reprend vers le Mont Nebo : c’est sur ce sommet de « l’ancien pays de Moab », évoqué par la Bible, que Moïse put contempler la Terre promise avant de mourir. Les vestiges de monastères byzantins abritant d’autres magnifiques mosaïques complètent l’expérience culturelle de ce lieu hors du commun. Le périple se poursuit dans les lueurs du couchant, passe devant la silhouette austère du château fortifié de Karak perché sur son éperon rocheux, avant l’arrivée à Pétra pour la nuit.

La ville rose Nabatéenne, merveille du désert

Tout a été dit et vu sur Pétra, la sublime ville troglodyte nabatéenne. Et pourtant, l’émotion est à son comble quand on aperçoit enfin la porte ouverte de la Porte Al Kazneh, son monument le plus célèbre. Arpenter Pétra à pied permet de se perdre entre ses falaises, ses vestiges de terrasses jadis cultivées, et ses parois multicolores : Pétra est aujourd’hui un rêve de géologue, avec ses grès tantôt roses, tantôt dorés et vermeils.  La magie des lieux vient aussi des souvenirs qui y affleurent, échos d’un temps où vingt mille habitants faisaient prospérer cette étape sur la route de l’encens et des épices, entre Mer Rouge et Mer Morte, sur vingt kilomètres carrés de maisons, de vergers et de jardins. Comme Jean-Louis Burckhardt, l’explorateur suisse qui redécouvrit la cité oubliée en 1812, on déambule ébloui dans ce site à nul autre pareil. Les musts : les visites en 4X4 avec des Bédouins, et Petra by night, lorsque des centaines de bougies font rougeoyer les façades ciselées des temples et des tombeaux.

Du désert du Wadi Rum à la Mer Morte

On quitte la légendaire Pétra, non sans avoir fait deux haltes impressionnantes : à Little Petra, les restes délicats de temples plus modestes donnent la mesure de l’étendue de la ville. Puis quelques kilomètres plus loin, une plongée six mille ans avant notre ère attend le voyageur. A Beidha, le dernier site archéologique majeur du voyage, les ruines blanches révèlent les plus anciennes traces de maçonnerie au monde. Puis la route trace en direction du désert de Wadi Rum. Avant de s’éteindre dans le golfe d’Aqaba, en Mer Rouge, il offre de fabuleuses étendues de dunes, d’arches et de canyons sculptés par l’eau et le vent. Les roches ocrées, ou tantôt rouges ou noires composent une des strates géologiques les plus anciennes au monde. Pour la nuit, on trouve refuge dans une tente luxueuse. Déguster une cuisine authentique, parfumée d’herbes aromatiques avant de s’envoler en montgolfière au-dessus des dunes font partie des expériences inoubliables. Les soirées animées par les chants et les violons des Bédouins invitent à se reposer sous la voûte étoilée. La nuit bercée par le silence total prélude à la dernière étape, la Mer Morte, avec une après-midi de baignade insolite dans ce lac salé situé à quatre cents mètres au-dessous du niveau de la mer. On y flotte comme en rêve, avant de rejoindre sa chambre au bord de l’eau, pour un dernier soleil couchant sur des visions d’oasis se reflétant dans les eaux salines.